Интервью

La Russie selon Vladimir Sorokine

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Владимир Сорокин

LA RUSSIE SELON VLADIMIR SOROKINE

L’Institut de l’Europe centrale et orientale organise la Journée de l’Europe de l’Est. A l’honneur, Vladimir Sorokine, l’un des plus grands romanciers russes contemporains. Avant de présenter son dernier ouvrage, La Tourmente, lors d’une soirée d’auteurs, il raconte à unireflets son approche de la littérature russe. Entretien.

A l’occasion de la journée de l’Europe de l’Est, l’Institut de l’Europe orientale et centrale invite Vladimir Sorokine, l’un des plus importants écrivains russes contemporains, à présenter son dernier roman, La Tourmente. Visions d’une Russie qui peine à retrouver son chemin.

― On vous surnomme l’enfant terrible de la littérature russe. Revendiquez-vous cette étiquette?

― Absolument pas. On écrit souvent que je suis un «provocateur». Mais les provocateurs sont, en général, des exhibitionnistes, tandis que moi, je suis plutôt un voyeur. Les scandales et les procédures juridiques que mes livres ont provoqués, n’ont pas du tout été une source d’inspiration; au contraire, ils m’ont fait perdre du temps, de l’énergie et, plus encore, ils m’ont vexé. Je ne peux pas changer le fait que mes livres touchent le système nerveux de la société et l’irritent. Mais, pour ma part, je préfère me voir comme un acupuncteur.

― Vous êtes invité à l’occasion de la traduction française de votre dernier roman La Tourmente. Que représente cette traduction pour vous et comment abordez-vous cet exercice de communication?

― Malheureusement, je ne parle pas français. Je ne suis donc pas en mesure de juger la traduction. Mais beaucoup de gens ont loué le travail de la traductrice Anne Coldefy- Faucard. C’est également elle qui a traduit mon livre Roman, ce qui semble avoir été une tâche énorme. J’espère que La Tourmente plaira aux lecteurs francophones.

― Jusqu’à la publication de vos premiers textes à Paris, vous dites que vous écriviez «pour votre tiroir». Aujourd’hui, pour qui écrivezvous?

― Pour moi-même et pour tous ceux qui aimeraient me lire.

― Vos romans s’appuient toujours sur l’histoire littéraire russe; vous aimez jouer avec les références?

― Pour moi la tradition n’est pas un musée ou un temple, mais un atelier avec différents outils. J’entre dans cet atelier, je choisis l’instrument dont j’ai besoin et je travaille avec. C’est très stimulant de prendre Dostoïevski comme rabot ou Tolstoï comme scie. C’est aussi très enrichissant.

― Stylistiquement, La Tourmente s’inspire de la littérature classique du 19e siècle. Pourquoi vous être imposé cette contrainte?

― Je voulais depuis longtemps écrire un roman russe classique sur le thème d’une route hivernale. Or, un roman classique doit être rédigé dans un langage classique. Mais ce choix dépend également du temps de l’action : le non-temps russe, le passé dans le futur.

― Dans La Tourmente, un médecin et un conducteur de trottinette cherchent à rejoindre une hypothétique ville où sévit une terrible épidémie. Ils s’égarent dans une plaine sans fin, perdant sans cesse leur route dans la tempête. Est-ce l’image que vous vous faites du peuple russe et de son avenir?

― En Russie, chaque voyage dans la province est un voyage dans le temps, dans le passé du pays, une perte du présent. La Russie poutiniste contemporaine, comme le docteur Garine et son cocher, s’est complètement effondrée dans son passé. Et, pour le moment, aucune sortie n’est visible.

Беседовала Farida Khali

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